On est pas Charlie et on vous emmerde (évidemment)

The Paris attack: Je ne suis pas Charlie

Ce qu’on en fait de votre beau gros spectacle

Après que nos braves moutons à Montréal aient fidèlement obéi aux lignes de commandes Twitter et aux ordres de la lessiveuse cérébrale Radio-Canada,  prenant par milliers les rues de la ville (le 11 janvier à 11 heures… symbolique!), suivant le Roi porcin local Denis Coderre, pour montrer leur pleine conformité avec la ligne du Pouvoir et de ses médias, y a à se demander jusqu’où ira cette nouvelle fièvre totalisante et tout compte fait totalitaire née en réaction des violences de jihadistes à Paris.

(image postée sur un tweet "JeSuisCharlie")

Image prise sur #MarcheRepublicaine. Notez les visages tous Blancs exprimant la « rage », les tenues blues, les Euro-drapeaux, l’entonnoir de deux mitrailleuses tenue par des mains non-Blanches, sur le point de laisser passer la « marche » vers le Sud-Est

Ces médias, tels LeMonde, la BBC, CNN, se clonant tous mutuellement entre eux depuis des années comme un Ministère de la Propagande à l’échelle de l’ensemble l’OTAN, sont, rappelons-nous, les mêmes qui à chaque jour se font les porte-paroles de la Police et des armées dans leur violence invasive et meurtrière ici et ailleurs, étouffent ou musellent la réelle expression populaire, filtrent et retardent des nouvelles qui nous concernent tous-tes, produisent des débats factices réactionnaires, compartimentent et sectionnent les esprits comme les flics mettent des gens en cellules, broyant leur mémoire, écrasant leurs sensibilités, se font les manipulateurs d’une « opinion publique » qui n’existe que dans son propre spectacle.

Voici quelques extraits de textes de la part de gens, en France, qui refusent de se joindre au mutisme formalisé d’une parole unifiante récupérant la « diversité démocratique » dans le grand entonnoir du fascisme…

Un petit groupe de « fafs » prônant l’unité nationale. La Démocratie en marche!

 

Il est minuit moins le quart dans le siècle. Nous sommes à un point de bascule historique sur l’islamophobie et le déchaînement du racisme en France et plus largement en Europe. La lecture simplifiée à l’extrême par les médias de cette journée du 7 janviers 2015 va se résumer et s’imprimer dans de nombreux cerveaux « par l’attaque meurtrière contre un journal « de Gauche » par des Musulmans. Cela va déstabiliser et retourner des positionnements politiques. La Peur, la colère, la tétanie, l’incompréhension, la panique morale vont chez certains laisser largement place à la Haine.

Au-delà des paramètres d’opportunité militaire qui ont pu justifier le choix de ce journal par ce commando cette attaque correspond à une logique et à une vision politique des tak-taks : précipiter l’affrontement et la radicalisation de fractions importantes de la population. Charlie Hebdo bénéficie d’un capital symbolique encore important à gauche : il est encore considéré comme antiraciste et incarnant la liberté d’expression par de nombreuse personnes. Ce n’est pas Minute ou le Figaro qui ont été visés.

Les tak-tak savent que si la digue antiraciste de gauche saute, alors c’est toute l’Europe qui bascule dans le déchaînement d’une violence raciste symbolique et physique dont les musulmans sont les premières proies. Dans ce scénario les guerriers tak-taks qui se fantasment en défenseurs de l’Islam espèrent que les populations musulmanes alors violemment opprimées viendront trouver protection derrière eux. Un peu comme les sionistes toujours prêts a instrumentaliser les vagues d’antisémitisme pour justifier l’existence de l’état d’Israël en refuge des populations juives opprimées, les tak-taks ont besoin de l’oppression de l’Islam pour conquérir les cœurs des croyants.

Ne soyons pas hypocrites, Charlie Hebdo n’est pas un ami politique. Depuis des années, il a basculé dans le camp de la pensée dominante et participe au développement d’une islamophobie de gauche. Pourtant personne ne peut ni ne doit se réjouir de l’exécution de ses journalistes. Rien ne peut justifier cet acte dans le contexte actuel de la France. Mais cette attaque ne doit pas faire taire non plus les critiques à l’encontre de Charlie Hebdo et de la presse en général sur sa ligne rédactionnelle et humoristique islamophobe.

Aujourd’hui, porter la guerre dans la salle de presse de Charlie hebdo c’est comme poser une bombe à la gare de Bologne. C’est un acte de terreur pour désorienter. (…)

Ce que produit « stratégie de tension », de réacs à d’autres réacs

L’unité nationale: Arme de guerre

Ne tombons pas dans le piège dont les deux mâchoires sont le patriotisme civilisé sous pavillon français, ou la sauvagerie armée sous pavillon sacré. Essayons de briser ces discours, ce scénario qui nous est proposé, ce consensus sur le choc des civilisations, cette instrumentalisation nationale, cette foire ouverte aux lois répressives.

Nous nous battrons contre toutes formes de racisme, comme contre toutes formes d’homophobie, de sexisme, contre l’État et ses lois liberticides, plus généralement contre le capitalisme.

Qui dit unité nationale dit front. Qui dit front, dit deux camps. A partir du moment où l’on est conscient de cela, sommes-nous obligés de choisir l’un ou l’autre ? Le « stylo démocratique » ou la « kalash sauvage » , la république ou la charia, le racisme et le sexisme structurel ou décomplexé ? L’unité nationale n’est que bon à rendre le travail du front national ou de l’État plus simple et de permettre sa marge de manœuvre plus grande.

Si l’union doit exister cela devrait être contre l’État, pour combattre les violences du système capitaliste et des États occidentaux, la colonisation, là où des milliers de personnes crèvent et dont tout le monde se fout, et/ou combattre les interventions françaises pour défendre des États dictatoriaux, comme celle au Mali contre les islamistes, motivée uniquement par l’uranium sur place, etc.

Si l’unité doit vivre, ce serait pour combattre les lois « anti terroristes » qui constituent surtout des outils pour nous contrôler, pour nous diriger. Si l’unité doit vivre, ce serait pour contrer cette dualité entre barbare et civilisé, sauvage et démocrate. Si l’unité doit vivre, ce serait pour dénoncer l’absence de liberté d’expression et non sa soi-disant attaque. Si l’unité doit vivre, ce serait pour rompre cette bannière, cette poudre aux yeux, cette « liberté d’expression » aux échos du « râle mais pas trop fort et sur du papier journal à grand tirage de préférence ».
Tous les jours des personnes, des groupes essayent en vain de s’exprimer. Si l’unité doit vivre, ce serait pour combattre ceux qui monopolisent cette liberté d’expression via l’argent, les contacts, jeux de pouvoir, et positions sociales.

Nous ne voulons pas nous contenter d’être uniquement dans la réaction anti islamophobe. Bien entendu à cause de ces événements, de nombreux musulmans vont devoir justifier, répondre aux amalgames, et certains vont être la cibles de racisme en tout genre (attaques physiques, armées, tags racistes,…). L’unité nationale se fera nécessairement sur le dos des musulmans et de ceux qui contestent le pouvoir. Mais nous contenter de l’anti islamophobie ne fera qu’appauvrir nos réflexions, nos analyses. Nous devons autant veiller à ce que les religieux ne soient pas blâmés, que de veiller à ce que la religion ne soit le centre des intérêts. En d’autres termes, faire en sorte que demeurent libres les personnes de croire en ce qu’elles souhaitent, mais combattre celles voulant imposer leurs identités, que cette identité soit religieuse ou patriotique. (…)

Des Cévennes:

Utilisant l’indignation et la peur résultant de ces atrocités, la classe dirigeante voudrait nous faire oublier qu’elle est directement responsable de la montée des fascismes (des intégrismes religieux aux nationalismes exacerbés). Par le système social, économique et politique qu’elle défend et renforce chaque jour, elle construit les conditions pour qu’émergent les haines communautaires, le fanatisme et les mouvements réactionnaires. Les populations immigrées ou issues de l’immigration, les pauvres, les marginaux… sont stigmatisés, culpabilisés, parqués dans des ghettos, surexploités et rendus toujours plus pauvres depuis des décennies. Les pouvoirs politiques, économiques et médiatiques orchestrent l’abrutissement général, poussent aux communautarismes et à la guerre de tous contre tous. La classe dirigeante utilise toutes les armes pour nous diviser et nous abrutir afin d’affirmer son pouvoir et d’accroître ses profits. Cette logique de division se renforce, parallèlement à la crise économique qui atteint la population dans ses conditions d’existence.

Un symbole bien connu des facistes, le fasces, littéralement sous la bannière de la République de la Mort

Vous faites erreur: je ne suis pas Charlie

Je ne suis pas Charlie, parce que je sais que l’immense majorité de ces Charlie n’ont jamais été ni Mohamed ni Zouad, autrement dit aucun de ces centaines de jeunes assassinés dans les banlieues par « nos » policiers (de toutes confessions, les flics !) payés avec « nos » impôts. Si je recours aux outils du sociologue, je comprends pourquoi il est plus immédiatement facile pour des petits bourgeois blancs de s’identifier avec un dessinateur connu, intellectuel et blanc, qu’avec un enfant d’immigrés ouvriers du Maghreb. Comprendre n’est ni excuser ni adhérer.

Je ne suis pas Charlie, parce que je refuse de me « rassembler », sur l’injonction du locataire de l’Élysée, avec des politicards, des flics et des militants d’extrême droite. Je ne parle pas en l’air : une connaissance m’explique que sur son lieu de travail, ce sont des militants cathos homophobes de la dite « Manif pour tous » qui s’impliquent dans l’organisation d’une minute de silence pour l’équipe de Charlie Hebdo.

Je ne suis pas Charlie, parce que je refuse de pleurer sur les cadavres de Charlie Hebdo avec un François Hollande qui vient d’annoncer que l’aéroport de Notre-Dame-des-Landes sera construit, autrement dit qu’il y aura d’autres blessé(e)s graves par balles en caoutchouc, et sans doute d’autres Rémi Fraisse.

Je ne suis pas Charlie, parce que je suis viscéralement — et culturellement — hostile à toute espèce d’ « Union sacrée ». Même les plus sots des journalistes du Monde ont compris qu’il s’agit bien de cela ; ils se demandent simplement combien de temps cette « union » peut durer. Se « rassembler » derrière François Hollande contre la « barbarie islamiste » n’est pas moins stupide que de faire l’union sacrée contre la « barbarie allemande » en 1914. Quelques anarchistes s’y sont laissés prendre à l’époque ; ça va bien comme ça, on a donné !

Je ne suis pas Charlie, parce que le « rassemblement » est l’appellation néo-libérale de la collaboration de classes. Certain(e)s d’entre vous s’imaginent peut-être qu’il n’existe plus de classes et moins encore de lutte entre elles. Si vous êtes patron ou chef de quelque chose (bureau, atelier…), il est normal que vous prétendiez ça (et encore ! il y a des exceptions) ou que vous puissiez le croire. Si vous êtes ouvrier, ouvrière, contraint(e) à des tâches d’exécution ou chômeur/chômeuse, je vous conseille de vous renseigner.

Je ne suis pas Charlie, parce que si je partage la peine des proches des personnes assassinées, je ne me reconnais en aucune façon dans ce qu’était devenu, et depuis quelques dizaines d’années, le journal Charlie Hebdo. Après avoir commencé comme brûlot anarchisant, ce journal s’était retourné — notamment sous la direction de Philippe Val — contre son public des débuts. Il demeurait anticlérical. Est-ce que ça compte ? Oui. Est-ce que ça suffit ? Certainement pas. J’apprends que Houellebecq et Bernard Maris s’étaient pris d’une grande amitié, et que le premier a « suspendu » la promotion de son livre Soumission (ça ne lui coûtera rien) en hommage au second. Cela prouve que même dans les pires situations, il reste des occasions de rigoler.

Je ne suis pas Charlie, parce que je suis un militant révolutionnaire qui essaie de se tenir au courant de la marche du monde capitaliste dans lequel il vit. De ce fait, je n’ignore pas que le pays dont je suis ressortissant est en guerre, certes sur des « théâtres d’opération » lointains et changeants. De la pire manière qui soit, puisque partout dans le monde et jusque dans mon quartier, des ennemis de la France peuvent me considérer comme leur ennemi. Ce qui est parfois exact, et parfois non. Au moins, sachant que la France est en guerre, je n’éprouve pas le même étonnement que beaucoup de Charlie à apprendre qu’un acte de guerre a été commis en plein Paris contre des humoristes irrespectueux envers les religions.

Je ne suis pas Charlie, parce que faute de précisions, et du fait même de l’anonymisation que produit la formule « Je suis Charlie », cette formule s’entend nécessairement, et au-delà des positions sans doute différentes de tel ou telle, comme un unanimisme « antiterroriste ». Autrement dit : comme un plébiscite de l’appareil législatif dit « antiterroriste », instrument de ce que j’ai appelé terrorisation démocratique.

Je ne suis pas Charlie. Je suis Claude. Révolutionnaire anarchiste, anticapitaliste, partisan du projet communiste libertaire, ennemi mortel de tous les monothéismes — mais je sacrifie à Aphrodite ! — et de tout État. Cela suffit à faire de moi une cible pour les fanatiques religieux et pour les flics (j’ai payé pour le savoir).

Je suis disposé à débattre avec celles et ceux pour qui la tuerie de Charlie Hebdo est une des horreurs de ce monde, auxquelles il est inutile d’ajouter encore de la confusion, à forme d’émotion grégaire.

Du crayon…

..à bâton, l'étau se reserre.

..au bâton, l’étau se reserre.

Puis dans une ruelle de l’union nationale…

Une Réponse to “On est pas Charlie et on vous emmerde (évidemment)”

  1. Je suis blanc sans aucuns état d’âme face à la connerie humaine ; je suis pas un citoyen fashion . aussi , il bien que des gens soit encore vivant pour obliger les futures victimes d’ouvrir les yeux sur cette mascarade d’état criminelle . Good luck à vous tous . KC

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