En Grèce, le Soleil se lève encore… Parte 2

3- Chacun-e fait tout
Bien-sûr, nous sommes tous conscients-es des pièges qui se cachent parmi chaque collectif qui aspire à se proclamer antiauthoritaire; l’apparence d’une hégémonie informelle et la reproduction de la corruption dans les comportements, dont nous sommes les ennemis. Nous sentons, surtout, le pouvoir comme un instrument de division. Pour éliminer la possibilité de l’émergence de toute hiérarchie dans notre groupe, nous avons attaqué directement au coeur de la spécialisation et la formation de rôles aussitôt qu’ils faisaient surface. Nous nous sommes dit: “Chacun-e fait tout”. Tout le monde peut apprendre et élaborer des façons de voler des voitures et motos, fabriquer des plaques d’immatriculation, falsifier des cartes d’identité et documents officiels, exproprier de la marchandise et de l’argent, tirer à la cible, et utiliser des armes à feu et des explosifs.

Alors ça a été et continue d’être important pour nous que les moyens et les méthodes de nos actions soient simples, faciles à obtenir et préparer, car ça leur permet de se répandre et d’être réutilisées par quiconque décide d’emboîter le pas dans la nouvelle guérilla urbaine. Ceux-là incluent l’essence, les réservoirs à gaz de camping et les chandelles qui peuvent être obtenues au supermarché, mais aussi des mécanismes de compte à rebours improvisés que -avec l’imagination appropriée- n’importe qui est capable de fabriquer.

Nous n’allons certainement pas oublier que même si “chacun-e fait tout”, chaque personne a aussi ces propres abiletés distinctes et préférences personnelles, et qu’il serait une erreur d’ignorer ces différences. Avec le désir et la compréhension mutuelle comme guides, chacun de nous a entrepris de faire ce que nous le-la croyons capable de faire. Par exemple, si quelqu’un est bon conducteur ou un voleur adroit, ou peut-être ayant une bosse pour l’écriture, ça ne veut pas dire que leurs habiletés créatives seraient supprimées au nom d’une fausse homogénéité collective. Il en revenait à chaque camarade d’offrir leurs aptitudes et méthodologies aux autres sans ne faire le “sacrifice” de leur propre participation, et ce fut encore mieux lorsque ça arrivait dans un contexte plus large que celui, étroit, du collectif, facilitant l’accès par l’ensemble du courant antiautoritaire; notamment par la publication de guides pratiques comme ceux réalisés par nos camarades Allemands, qui démontrent diverses manières de contruire des engins explosifs.

Additionellement, nos actions n’ont jamais impliqué des rôles fixes. Sans se réduire à des rotations de tâches cycliques, qui rapellent les quarts de travail obligatoires, tous les camarades ont pris avantage d’une fondation commune qui a permis d’être capables d’exécuter n’importe quelle tâche à tout moment durant l’attaque. Le processus d’amélioration de nos abiletés à utiliser les matériaux et les techniques est naturellement un processus d’autoéducation continuel.

Dans cette ligne d’idées, nous voulons mettre l’emphase sur comment il est crucial de simultanément développer la capacité opérationelle d’un groupe tout comme sa perspective révolutionnaire. À aucun moment les capacités opérationelles stériles ne devraient s’intensifier sans une correspondante intensification de la pensée et du discours, et vice versa. Nous n’avons pas de comité central pour désigner des rôles. Il n’y avait que des tâches spécifiques s’inscrivant dans un plan spécifique; des positions qui ont changé selon les désirs seuls des camarades qui y ont pris part.

4- Guérillas pour la vie

Nous avons toujours senti que l’organisation n’a pas nécessairement à être exclusive qu’aux camarades qui y prennent part. Nos actions ne commencent ni ne finissent dans le contexte du groupe. Le groupe est un véhicule pour la révolution, pas une fin en soi. Car lorsque nos moyens deviennent leur propre raison d’être, des “maladies” commencent à surgir, telles l’avantgardisme, la fête armée et la Sainte Vérité exclusive.

À travers la Conspiration des Cellules de Feu, nous disons ce à quoi nous croyons, qui nous sommes, et quelle tendance chacun-e représente, mais en aucune manière nous disons que quelqu’un-e doit suivre précisément une quelconque ligne correcte ou de contribuer à notre goupe afin d’être reconnu-e comme camarade. Nous-mêmes avons pris part à des processus extérieurs à la Conspiration, comme joindre des réseaux d’actions coordonnées, assister à des assemblées, participer à des marches et manifs, supporter des attaques et actes de sabotage, coller des affiches et peindre des slogans. Mais nous n’avons jamais cru qu’une chose est supérieure à une autre. C’est pourquoi le polymorphisme de la guerre révolutionnaire consiste en un engagement ouvert et permanent qui n’a rien à voir avec le spectacle fétichiste (comme embrasser la lutte armée comme la seule chose qui compte) ou des fixations accusatoires (d’insister sur l’aspect quantitative de “masse” comme seul critère pour l’authenticité révolutionnaire). Au contraire nous prenons position contre le polymorphisme du commérage de café, des discours à l’université, des rôles de leadership, de leurs moutons, et de tous les fossiles conservateurs du dogmatisme et du ritualisme, qui agissent comme parasites au sein du milieu anarchiste, voulant seulement contrôler les jeunes camarades, les saboter, et les empêcher de créer leur propre sentier évolutionnaire autonome au sein du processus révolutionnaire.

Nous croyons que le concept de guérilla urbaine anarchiste n’est pas une identité spéciale qu’on assume seulement en s’engageant dans une attaque armée. Nous croyons que ça aussi à voir avec l’amalgame de la vie privée d’une personne avec sa vie publique dans le contexte d’une totale libération. Nous ne sommes pas anarchistes que lorsqu’on lance un Molotov à un fourgon de police anti-émeute, procède à des expropriations, ou pose des bombes. Nous sommes aussi anarchistes quand nous discutons avec nos amis-es, gardons un oeil sur nos camarades, avons du plaisir, et tombons en amour.

Nous ne sommes pas des soldats enrôlés dont le mandat est de faire la révolution. Nous sommes des guérillas de plaisir, qui voient la connection entre rébellion et la vie comme un prérequis pour passer à l’action. Nous ne croyons pas à une “ligne de parti” à suivre. Durant ces deux dernières années, par exemple, de nouveaux groupes de guerilla urbaine ont fréquemment posé le problème des bracages et expropriations dans la mécanique banquière comme une autre forme d’attaque contre le système. Leurs communiqués et déclarations de responsabilité sont de la puissante propagande pour le rejet du travail à travers les hold-ups et les vols dirigés au ventre de la Bête capitaliste -les banques- ayant comme but, d’une part, la libération individuelle du 8 heures (ou plus) par jour d’esclavage salarié, et d’une autre, l’appropriation collective et l’accès direct à l’argent servant à soutenir des besoins infrastructurels et les projets révolutionnaires, et non pour devenir riche.

Néanmoins, nous ne considérons pas l’expropriation de banques comme un prérequis pour la partiticipation de quelqu’un dans la nouvelle guerilla urbaine. Il y a une révolution, mais des milliers de façon par lesquelles quelqu’un-e peut recourir à des actions révolutionnaires. D’autres camarades peuvent choisir de mener des appropriations collectives dans les temples du consumérisme (supermarchés, centre d’achats, etc) afin de récupérer individuellement ce qui leur a été volé et user de ces biens pour subvenir aux besoins matériels de chaque personne, évitant alors d’avoir à dire “bonjour” à un patron à chaque matin ou de se soumettre au doigt et surtout à l’oeil d’un superviseur de merde. Et d’autres vont participer à des syndicats de la base, gardant ainsi leur esprit à l’affût pour une guerre qui abolira finalement chaque forme de travail enrichissant les patrons en appauvrissant et brisant notre dignité.

Nous sentons la même chose face au fait de volontairement “disparaître” dans l’ombre.
La fétichisation de l’illégalisme ne nous inspire pas. Nous voulons que tout le monde agisse selon leurs besoins et désirs. Chaque choix a naturellement ses propres qualités et vertus, autant que ses désavantages. C’est vrai que lorsqu’un groupe choisit de se replier dans l’ombre (de disparaître de l’entourage des amis, voisins et de sa famille, d’utiliser des faux papiers, etc), ça les protègera certainement des yeux de l’ennemi. Mais en même temps, leurs connections avec le milieu radical plus large se trouvent à être coupées, et jusqu’à un certain point ils perdent leur faculté à interagir.

Et on s’entend que la même chose ne s’applique pas lorsqu’on a des raisons objectives d’aller dans l’ombre -telles des mandats d’arrestation, ou un prix mis sur la tête de quelqu’un- où la clandestinité est un refuge d’attaque pour ceux et celles prises dans ligne de tir de la Loi. Cela crée un besoin parallèle pour l’existence d’une infrastructure de support, à la fois au sein des groupes de guérillas eux-mêmes comme auprès du milieu antiauthoritaire plus large, qui couvrera les traces des camarades recherchés, dont les prérequis sont une certaine complicité et la discrétion. Un concept qu’on a tendance à voir comme “passé date” mais qui selon nous devrait à nouveau être relancé comme une flèche dans la bataille.

Si les camarades d’une guérilla s’engagent régulière dans une interaction à découvert -comme participer dans des réunions et des processus du mouvement, prendre part à des débats, et créer des projets avec d’autres qui concernent des enjeux communs- or la nature hermétique du groupe de guérilla devra être protégée des oreilles trop intéressées et des grandes gueules. Or cette attitude générale doit aussi être une de discrétion afin de contourner les exhubérances pouvant nous tourner en aimants pour les chiens bâtards de l’anti-émeute et de la police. En tournant une page sur notre autocritique, nous devons assumer le fait que plusieurs d’entre nous se sont comporté complètement à l’inverse de cela, ce qui -avec l’aide d’un certain vice à l’intérieur du milieu anarchiste- a fait “conduire” des opérations policières droit en notre direction. Dans tous les cas l’auto-critique jette des bases solides sur lesquelles élaborer plus d’explications, mais ce texte-ci n’est pas approprié pour cela. Nous y reviendrons dans le futur.

à suivre… la dernière partie sera: “La première phase de la Conspiration…” et “L’épilogue reste à être écrit”

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